24 décembre 2007

La bonne nouvelle de Noël

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J’ai l’impression qu’il y a des jours que nous sommes tous là, entassés, à faire chauffer nos mécaniques bien huilées. Il fait une chaleur moite, épouvantable, irrespirable. On me pousse, on me tire, je suis secoué de toutes parts. Je ne sais plus trop où j’en suis et puis soudain il y a comme quelque chose qui lâche devant d’un seul coup et je me retrouve littéralement propulsé.

Dans les premiers moments, la zone de départ est le théâtre d’une véritable hécatombe. On n’y voit goutte. Il y a ceux qui n’ont pas réussi à partir, ceux qui se sont fait laminer, ceux qui sont déjà perdus, hors-jeu. Certains se sont plantés dans des parties trop molles et s’épuisent à essayer d’en sortir. D’autres, sans scrupules passent par dessus ceux qui n’en sortiront sans doute pas vivants. J’en ai vu deux, à ma droite, se percuter en plein vol à la première rupture de pente.

Moi, j’ai la chance de faire partie d’un petit groupe qui avance vite sans trop se gêner. Il faut rester vigilant, sur ses gardes, car la course est longue et il n’y a toujours qu’un vainqueur, le plus tenace, le plus volontaire, le mieux entraîné, le plus chanceux. Oui, il faut un peu de tout ça pour réussir. Rien n’est joué d’avance.

Ouf ! j’ai failli me planter à m’imaginer déjà accueilli comme une star au pinacle des champions reconnus. Il faut que je reste concentré, à fond dans mon parcours avec une seule idée en tête, avancer, progresser le plus vite possible. Nous ne sommes plus qu’une dizaine à la lutte qui pouvons encore prétendre à la victoire. Je me suis calé complètement sur la droite. J’ai choisi de rester là parce que le revêtement semble plus fluide. Les autres s’embarquent tous à gauche. Je m’obstine. Pari fou ! Peut-être, mais je dois prendre des risques si je veux faire la différence, et puis c’est mon caractère.

A l’autre extrémité de l’étroit goulet je suis en tête et tout semble clair devant. A moins que je ne me sois trompé. Dans cette pénombre avec cette lumière orangée, ce n’est pas facile de se repérer. Mais je ne rêve pas. Là, en face, je reconnais l’objectif. C’est cette boule ronde cent fois imaginée qu’il me faut toucher le premier. Je me jette à fond dans la dernière descente, je prends de l’élan pour gravir cette ultime petit col et...

 

Erreur d’appréciation ? Je pars en vol plané droit devant. Par chance, j’arrive la tête la première dans une zone très douce et molle. J’ai perdu mon casque et mon engin de propulsion. Je m’enfonce doucement et inexorablement dans l’épaisseur de ce corps tendre et chaud et curieusement je me sens bien, comme soudain parfaitement protégé, avec cette étrange impression de flotter.

Je débouche dans une salle sphérique à la lumière bleutée. Sensation superbe de voyage aquatique. Le Grand Bleu, version tiède. Je suis très calme. Je flotte sans effort.

Il y a cette forme luminescente qui s’avance vers moi en douceur. Je ne la connais pas mais je me sens tout de suite très attiré, comme si toute la course avait été organisée pour cet instant là. Je franchis la petite distance qui nous sépare encore et nous commençons à tourner sur place. J’ai l’impression de ne faire plus qu’un avec elle comme si je devenais quelqu’un d’autre en perdant un peu de mon identité.

Là-haut un miroir nous reflète. Et puis d’autres miroirs apparaissent qui se renvoient nos deux formes mélangées. Deux, quatre, seize, des centaines, des milliers d’images qui se répliquent à l’infini et nous continuons de tourner, enlacés, dessinant une double hélice incroyable. Et nous voilà, en quelques instants, le centre de cette fête où la profusion semble être la règle, où tout se multiplie inexorablement, s’organise, se structure dans un ballet féerique dont le code secret nous échapperait mais dont nous serions les concepteurs.

 

Collision paisible, fusion nucléaire pacifique ; l’instant d’avant sans destinée, l’instant d’après fécondée. Et c’est comme la plénitude gommant d’un trait l’incertitude dans ce minuscule paradis en gestation où tout ressemble à la vie.

 

Début

 

Aïe, neuf mois déjà, et me voilà arrivé à la toute Fin du début, car il n’y a pas de marche arrière sur ce genre d’engin.

 
Jacky FILS

Posté par horusline à 19:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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